Une-Rose-sur-la-Lune

Pensées & réflexions en bataille.

Samedi 14 décembre 2019 à 1:36



Le temps d’un clignement d’oeil - un œil noir et profond, venu du fond des âges - tu as vécu, pas vraiment d’ici et déjà un peu là-bas; tu es descendu parmi nous pour nous rappeler que rien ne compte si ce n’est l’Amour, cet amour qui t’a fait, cet amour qui veut qu’aujourd’hui tes parents supportent une douleur plus grande qu’eux, et plus terrible que tout, cet amour qui est souffrance, cette lumière qui les consume tout entiers. 

J’ai vu ton père, si grand et si fort, concentrer  son regard sur ton petit cercueil comme un marin s’accrochant à la lumière d’un phare en luttant dans la houle. J’ai cru lire dans ses yeux une supplique : « réveille-toi, hurle et sors-nous de ce cauchemar ». Je l’ai vu porter ta mère, si belle, terrassée par le chagrin. Ses yeux bleus  incapables de te lâcher, parce que te quitter du regard c’était te laisser partir, et qui pourrait accepter de voir son enfant s’en aller si tôt ? 

Huit mois d’amour, pour une heure d’éternité.

Au fond, une infime part d’eux t’a suivi dans l’au-dela. Ou peut-être est-ce plutôt une part de toi qui les accompagne dans cette vie, en attendant l’infini. 

Jeudi 12 décembre 2019 à 11:37

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      Avez-vous déjà senti cette ombre au fond du coeur ? Celle-là qui vous gratte jusqu'aux entrailles et refroidit votre âme même dans la chaleur d'un franc soleil ? 

      Depuis quelques jours, elle m'assaille et me brûle; je la sens s'attaquer à tout ce qu'il y a en moi. Il y a ce gel qui s'insinue dans chacune de mes pensées. Il traverse mon esprit et s'étend jusqu'au bout de mes doigts, comme un tissu qui lentement se fond sur mon corps et dont il m'est impossible de me dépêtrer.

      Où suis-je, où vais-je ? A qui demander une main secourable ? Je tourne sur moi-même, j'étouffe dans une cacophonie de sons et d'images qui ne veulent plus rien dire. Je le sens au fond de moi ce cri qui m'arrache le coeur et le broie et le dévore. Je le sens mais il n'arrive pas à sortir, il s'englue dans sa propre horreur et le désespoir me guette.

      La voilà: elle est arrivée cette maudite ombre, cette  compagne des noirs moments. Je lui hurle de s'en aller mais elle rit à mon visage, son rire grince dans mes oreilles et coule jusqu'à mon âme ! Va-t-en, va-t-en, je ne veux pas de ta compagnie ! Pars loin avec tes larmes silencieuses et ton voile gris qui éteint toutes les lumières ! Je veux ressentir la vie, je veux à nouveau me soûler de joie ! Pourquoi ne me laisses-tu pas tranquille ? Ne t'ai-je pas assez donné de mon temps ?

Mardi 29 octobre 2019 à 11:26

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           Il y a peu de temps, j'ai déménagé une nouvelle fois. Ayant dorénavant deux bus à prendre pour aller travailler, je rencontre souvent des problèmes de circulation qui mettent à mal ma patience déjà si fragile. J'ai  donc décidé de marcher tous les matins 50 minutes, plutôt que d'affronter la morne routine des transports publics. Et, chemin faisant, j'ai renoué avec mon vieil amour: la route.

           J'avais oublié à quel point il était agréable de marcher sur de "longues" distances. Nous sommes bien loin des randonnées que me permettait de faire le scoutisme, mais j'ai retrouvé les sensations oubliées du début de marche; le plaisir que l'on éprouve en adoptant, au bout d'une vingtaine de minutes, son "rythme de croisière". L'oeil toujours occupé par un détail incongru de la route: un oiseau qui prend son envol, un ciel de plomb qui laisse filtrer deux faisceaux de lumière; l'échange de regards avec un autre promeneur.
           J'aime aussi les quartiers que je traverse : peu fréquentés par les piétons, ils me donnent l'occasion de laisser libre cours à mon esprit, à ma voix, à mon coeur. J'ai l'impression que la liberté est à nouveau devant moi. J'ai ce sentiment merveilleux que la route est un passage qui peut toujours s'allonger. Ainsi, même en sachant que je rentre chez moi ou que je me rends au travail, l'idée traverse souvent mon esprit qu'il me suffirait de bifurquer au prochain croisement pour commencer un nouveau chemin, une nouvelle aventure. C'est elle, cette liberté qui chatouille mon âme, c'est elle qui me rappelle qu'au coeur de la routine il suffit d'une pensée, d'un geste, pour tout arrêter et changer de paysage.

Car le chemin mène à la route qui mène aux plus lointains horizons qui jamais ne s'arrêtent.
 
          Je savoure aussi la solitude qui m'accompagne. Mon corps n'est plus seulement l'enveloppe qui enveloppe mon être; il est un compagnon, le premier et le plus fidèle de toute ma vie. Je sens chacun de ses efforts, j'éprouve parfois la brûlure de l'ampoule sur mon talon, ou le contact du plat de mon pied avec un sol tantôt de sable, tantôt de béton. J'apprécie le coup de vent froid des matins d'octobre, celui qui glace le sang de mes joues et fait fumer mon souffle. Chaque minute est un moment de paix avec moi-même et avec ce monde qui me donne parfois l'impression de danser en me laissant sur les bords de la piste.

 
En ces instants de route qui s'étirent, j'ai enfin l'impression de ne faire plus qu'un avec moi-même.

Mercredi 22 mai 2019 à 11:17

         Chaque année, à compter du 20 mai, mon coeur se serre durant six jours. Une semaine de passion, sans promesse de résurrection - du moins, pas tout de suite.

          Bientôt neuf ans que tu t'en es allé, et chaque fois la même douleur, cette plaie qui se rouvre et qui brûle mes entrailles : comment as-tu pu partir si vite? 

          Lentement (et pourtant nous n'avons rien vu venir), nous approchons de la décennie. L'année prochaine, dix ans se seront écoulés; avec eux tant de vie, tant d'évènements où tu n'étais pas là. Ton souvenir hante chacun de mes pas, mes rires résonnent tristement dans le vide abyssal que tu as laissé, et mes pleurs coulent au-dessus d'une tombe désormais vide. J'aimerais que le chagrin s'apaise, mais il est devenu un compagnon d'infortune.

 
Entends-tu, depuis ton ciel, la douleur de ta famille ?

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Jeudi 7 mars 2019 à 11:31

          J'ignore pourquoi, mais depuis que je suis jeune, une superstition m'interdit de penser à l'avenir. Est-ce dû à la maladie, à tous ceux que j'ai vus partir trop tôt ? Quelque chose, en moi, s'opposait à tout rêve parce que le futur était trop incertain et le présent trop risqué. Il m'arrivait, biensûr, de penser aux joies à venir, mais aussitôt un nuage menaçant venait se glisser entre le soleil et moi: de faiblesse, je rentrais me mettre à l'abri avant même de sentir la pluie.

          Je ne dis pas que j'ai été malheureuse, non. J'ai saisi chaque fruit de l'arbre de la Vie; j'ai aimé si fort, j'ai savouré le bruit de la mer faisant rouler les galets, et le silence profond des flocons qui obscurcissent une fenêtre dans la nuit. J'ai ri plus fort que la mort, j'ai pleuré pour aller mieux, et j'ai remercié pour toutes les rencontres que j'ai pu faire, comme des planches de salut au milieu d'une mer déchaînée. J'ai embrassé des paysages grandioses, des couchers de soleil saturés de couleurs et des ciels de nuit qui faisaient scintiller les étoiles.

 
Mais chacun de ces instants était un présent du jour-même.

          Et puis je t'ai rencontré. Tu étais un de ces dons de la vie qu'on ne voit pas arriver, et qui bouleverse tout sur son passage. Aux pieds de la Petite Sirène, tu m'as surprise en te mettant à genoux, et tu m'as posé la seule question qui devait, à jamais, ouvrir une porte sur l'avenir.

Ce jour-là, grâce à toi, j'ai renoncé à la peur et j'ai compris que, même sous la pluie, il était possible de danser.
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