Une-Rose-sur-la-Lune

Pensées & réflexions en bataille.

Dimanche 12 avril 2020 à 18:05

          Je ne compte plus les jours depuis le début du confinement. Cette période est pour moi un tel moment de bonheur, et le bonheur ne se mesure pas. Il emplit chacune de mes bronches et apaise les voix qui hurlaient contre la maudite routine du métro, boulot, dodo.

           Je fais partie des chanceux. Aucun de mes proches n'est pour l'instant touché. Je savoure donc ce moment délicieux où l'on me demande de rester chez moi, et où je n'ai qu'à m'assurer que ma mère ne commettra pas d'imprudence en décidant d'aller prendre l'air.

           En attendant, je passe le temps avec mon mari.
Nos emplois du temps étaient tellement chargés jusqu'ici : travail le soir pour lui, travail le jour pour moi. Sorties entre amis, famille le week-end. Nous avions si peu de temps pour nous. Je crois que tous les couples vivant ensemble ont un jour cette révélation : dès lors qu'ils partagent le même logement, le temps qui leur appartient réellement se réduit à peau de chagrin.
Aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, nos journées et nos nuits nous sont totalement consacrées. Et quel plaisir de se redécouvrir !

           En ce moment-même, il travaille face à moi. J'adore son regard lorsqu'il est concentré: ses yeux noirs, ses cils de velours, et ses sourcils froncés, sérieux, qui assombrissent encore un peu l'ébène de ses iris. J'ai souvent du mal à sonder ses pensées, et j'aime cela. J'aime me dire qu'il a encore tant de choses à m'apprendre sur lui et sur les mouvements de son âme. Je sais que comme moi, il est fait de douleur et d'espoir. Je sais aussi que contrairement à moi, il se laisse moins porter par les rêves que par ses projets.

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Lundi 9 mars 2020 à 15:09

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            Journée de mars, grisaille de banlieue.

            Une pellicule de routine encrasse le mécanisme de mon existence, à l’image des fines particules qui attaquent à chaque instant la merveilleuse machine de nos poumons. Sur les tons neutres et sales des rues, du bitume et des bâtiments, même les rayons de soleil ne parviennent pas à créer de la lumière.

            Ici comme ailleurs le temps passe mais nul ne le voit. Les heures se ressemblent et les astres qui rythment la vie des hommes depuis des millénaires sont dévorés par les silhouettes menaçantes des immeubles, ceux-là même qui dévorent tout : du bleu azur d’un ciel d’été au bleu roi du crépuscule – jusqu’aux hommes et aux femmes et aux enfants qui s’entassent dans leurs entrailles de béton.

            Dans la monotonie des rues, ils ont essayé de mettre de la couleur sur les murs.

          Ce n’est hélas qu’une pâle imitation de la palette des éléments, si riche et profonde. Mais sur le gris du béton, sur la pesanteur de nos matériaux imparfaits, comment obtenir la lumineuse beauté d’un bourgeon naissant et plein de promesse ? Là où l’Homme se renferme derrière des murs sans ouverture, comment imaginer le rose exultant de la pivoine qui s’offre aux regards sans pudeur aucune ?

 

            Je crois que c’est cette triste grisaille qui enkyste mon âme.

           Je sens à l’intérieur de moi les mots qui grattent, les idées qui fourmillent. Je les sens parcourir les spirales de mon cerveau et caresser l’envers de ma peau. Mais le monde dans lequel je vis ne laisse pas de place au merveilleux. Tout ici n’est que violence et rancœur, plaintes et colère. Alors, lorsque je crois enfin venu le moment de laisser la magie des mots agir, ils se retirent comme l’eau d’une rivière asséchée par le soleil brûlant.

            Quelle frustration.

Samedi 14 décembre 2019 à 1:36



Le temps d’un clignement d’oeil - un œil noir et profond, venu du fond des âges - tu as vécu, pas vraiment d’ici et déjà un peu là-bas; tu es descendu parmi nous pour nous rappeler que rien ne compte si ce n’est l’Amour, cet amour qui t’a fait, cet amour qui veut qu’aujourd’hui tes parents supportent une douleur plus grande qu’eux, et plus terrible que tout, cet amour qui est souffrance, cette lumière qui les consume tout entiers. 

J’ai vu ton père, si grand et si fort, concentrer  son regard sur ton petit cercueil comme un marin s’accrochant à la lumière d’un phare en luttant dans la houle. J’ai cru lire dans ses yeux une supplique : « réveille-toi, hurle et sors-nous de ce cauchemar ». Je l’ai vu porter ta mère, si belle, terrassée par le chagrin. Ses yeux bleus  incapables de te lâcher, parce que te quitter du regard c’était te laisser partir, et qui pourrait accepter de voir son enfant s’en aller si tôt ? 

Huit mois d’amour, pour une heure d’éternité.

Au fond, une infime part d’eux t’a suivi dans l’au-dela. Ou peut-être est-ce plutôt une part de toi qui les accompagne dans cette vie, en attendant l’infini. 

Jeudi 12 décembre 2019 à 11:37

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      Avez-vous déjà senti cette ombre au fond du coeur ? Celle-là qui vous gratte jusqu'aux entrailles et refroidit votre âme même dans la chaleur d'un franc soleil ? 

      Depuis quelques jours, elle m'assaille et me brûle; je la sens s'attaquer à tout ce qu'il y a en moi. Il y a ce gel qui s'insinue dans chacune de mes pensées. Il traverse mon esprit et s'étend jusqu'au bout de mes doigts, comme un tissu qui lentement se fond sur mon corps et dont il m'est impossible de me dépêtrer.

      Où suis-je, où vais-je ? A qui demander une main secourable ? Je tourne sur moi-même, j'étouffe dans une cacophonie de sons et d'images qui ne veulent plus rien dire. Je le sens au fond de moi ce cri qui m'arrache le coeur et le broie et le dévore. Je le sens mais il n'arrive pas à sortir, il s'englue dans sa propre horreur et le désespoir me guette.

      La voilà: elle est arrivée cette maudite ombre, cette  compagne des noirs moments. Je lui hurle de s'en aller mais elle rit à mon visage, son rire grince dans mes oreilles et coule jusqu'à mon âme ! Va-t-en, va-t-en, je ne veux pas de ta compagnie ! Pars loin avec tes larmes silencieuses et ton voile gris qui éteint toutes les lumières ! Je veux ressentir la vie, je veux à nouveau me soûler de joie ! Pourquoi ne me laisses-tu pas tranquille ? Ne t'ai-je pas assez donné de mon temps ?

Mardi 29 octobre 2019 à 11:26

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           Il y a peu de temps, j'ai déménagé une nouvelle fois. Ayant dorénavant deux bus à prendre pour aller travailler, je rencontre souvent des problèmes de circulation qui mettent à mal ma patience déjà si fragile. J'ai  donc décidé de marcher tous les matins 50 minutes, plutôt que d'affronter la morne routine des transports publics. Et, chemin faisant, j'ai renoué avec mon vieil amour: la route.

           J'avais oublié à quel point il était agréable de marcher sur de "longues" distances. Nous sommes bien loin des randonnées que me permettait de faire le scoutisme, mais j'ai retrouvé les sensations oubliées du début de marche; le plaisir que l'on éprouve en adoptant, au bout d'une vingtaine de minutes, son "rythme de croisière". L'oeil toujours occupé par un détail incongru de la route: un oiseau qui prend son envol, un ciel de plomb qui laisse filtrer deux faisceaux de lumière; l'échange de regards avec un autre promeneur.
           J'aime aussi les quartiers que je traverse : peu fréquentés par les piétons, ils me donnent l'occasion de laisser libre cours à mon esprit, à ma voix, à mon coeur. J'ai l'impression que la liberté est à nouveau devant moi. J'ai ce sentiment merveilleux que la route est un passage qui peut toujours s'allonger. Ainsi, même en sachant que je rentre chez moi ou que je me rends au travail, l'idée traverse souvent mon esprit qu'il me suffirait de bifurquer au prochain croisement pour commencer un nouveau chemin, une nouvelle aventure. C'est elle, cette liberté qui chatouille mon âme, c'est elle qui me rappelle qu'au coeur de la routine il suffit d'une pensée, d'un geste, pour tout arrêter et changer de paysage.

Car le chemin mène à la route qui mène aux plus lointains horizons qui jamais ne s'arrêtent.
 
          Je savoure aussi la solitude qui m'accompagne. Mon corps n'est plus seulement l'enveloppe qui enveloppe mon être; il est un compagnon, le premier et le plus fidèle de toute ma vie. Je sens chacun de ses efforts, j'éprouve parfois la brûlure de l'ampoule sur mon talon, ou le contact du plat de mon pied avec un sol tantôt de sable, tantôt de béton. J'apprécie le coup de vent froid des matins d'octobre, celui qui glace le sang de mes joues et fait fumer mon souffle. Chaque minute est un moment de paix avec moi-même et avec ce monde qui me donne parfois l'impression de danser en me laissant sur les bords de la piste.

 
En ces instants de route qui s'étirent, j'ai enfin l'impression de ne faire plus qu'un avec moi-même.

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