Une-Rose-sur-la-Lune

Pensées & réflexions en bataille.

Jeudi 7 décembre 2017 à 15:51

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" Il y a longtemps que j'ai arrêté de courir..."

          Tu m'as dit ça, il y a peu de temps lorsque j'y pense; tu m'as vu attraper le bus au dernier moment, et  tu as souri. Tu m'as dit que pour toi, c'était fini de courir après tout, après le bus, après les trains. Tu m'as dit que maintenant, les gens pourraient bien attendre. La vie pourrait bien attendre.

         Et tu avais raison, sur un certain point. Oui, les gens peuvent attendre. Mais la vie, elle n'attend pas pour s'en aller. Lorsque vient le temps elle s'en va. Peu importe le fait que tu commences enfin à être heureux, à savourer ce qui rend la vie si précieuse. La vie ne t'a pas attendu M., et maintenant la mort te sert chaque jour un peu plus contre elle.
 
*

          Je te revois le premier jour où je t'ai rencontré; tu parlais comme si il fallait tout dire, tes gestes emplissaient la pièce et ta voix chaude résonnait dans mes oreilles d'apprentie bibliothécaire. J'entendais rien qu'à ton intonation ton cerveau bouillonner, et j'essayais de comprendre tout ce que tu disais pour que tu ne me prennes pas pour une idiote.

         Je me souviens ce jour où les éclats de rire ont fusé, toute l'équipe fêtant l'arrivée de l'été. Je me souviens de la soirée qui a suivi, nous deux enchaînant les bières à la terrasse d'un bar et évoquant cette vie qui fuit, cette vie qu'on aime tant et ce monde qu'on méprise un peu aussi. J'ai senti à quel point tu étais vrai, un putain de vrai rebelle qui avait traversé une époque qui n'était pas la sienne. Un coeur de grand frère, un cerveau hyperactif, un tempérament de feu et un éternel enfant derrière toute ces expériences qui t'avaient marqué, parfois déchiré.

         J'entends encore ton pas dans ces couloirs, lorsque tu sillonnais cette bibliothèque à la vitesse d'un boulet de canon. Ta voix de gouaille, avec ces "r" rauques et déchirants, ceux des titis parisiens que tu aimais tant. Je t'entends invectiver tous ces connards, et rire de ce petit con qui fait le malin. Au fond, tu l'aimes bien ce petit rebelle de tes deux qui te rappelle qu'il y a encore de l'espoir dans ce monde policé et hypocrite. En fait au fond, tu t'énervais vite mais tu l'aimais, ce monde imparfait comme toi, comme moi, comme nous tous.

        Je sens le café qui nous a réunis, toi, L., L. et moi, tant de fois. Vos éclats de rire, ceux aigus de L. qui t'aimait tant, et les tiens, traînants et chaleureux. La fumée, puis la vapeur de vos clopes qui parfumait les couloirs. Ces longs moments où tu parlais de ta compagne, ta belle muse, celle qui t'avait porté jusqu'au bonheur et qui rendait chacune de tes journées si heureuses. Ses tableaux, et vos longues marches à travers la nature que vous aimiez tant.
Nous en avons tant parlé, de cette nature; sauvage, indomptable, surprenante. Tout ce que nous voulions être, finalement. Tout ce que tu as été.
 
*

          Aujourd'hui, le temps nous est compté. Le voile, tout doucement, se pose entre nous. Tu n'es déjà presque plus ici. Ton coeur bat et nous empêche de nous résigner, parce que se résigner c'est mourir, et que nous ne voulons pas que la mort t'embrasse.

           Ils nous disent que ton cerveau s'éteint. L'air, cet air pur que tu aimais tant sentir en marchant avec M., cet air lui a trop manqué et aujourd'hui il vacille comme la lueur d'une bougie presque terminée. Bientôt, nous ne te verrons plus; ton esprit va enfin se voir révéler les secrets de notre univers, et tu vas rejoindre, là-haut, l'armée de ces morts que nous avons tant aimés, ceux qui, sans qu'on les sente, nous soutiennent chaque jour.

         Je mentirais si je te disais que je ne pleure pas. Je sais que tu es un être infiniment libre, et que tu vas retrouver cette liberté de l'autre côté du miroir. Tu nous attendras patiemment, légère brise parmi les arbres, enfin détaché d'un monde trop petit.

          Pourtant, je continue de penser que toi qui m'as tant appris, tu t'en vas. Et tu n'avais pas fini, il y avait encore tant de chose à nous dire. Peut-être aurions-nous dû courir, finalement...
 
Bon voyage, petit con.

Lundi 31 octobre 2016 à 12:50

" Pour ne plus jamais plus, vous parler de la pluie,
Plus jamais du ciel lourd, jamais des matins gris,
Je suis sortie des brumes et je me suis enfuie,
Sous des ciels plus légers, pays de paradis.
Oh, que j'aurais voulu vous ramener ce soir,
Des mers en furie, des musiques barbares,
Des chants heureux, des rires qui résonnent bizarres,
Et vous feraient le bruit d'un heureux tintamarre,
Des coquillages blancs et des cailloux salés,
Qui roulent sous les vagues, mille fois ramenés,
Des rouges éclatants, des soleils éclatés,
Dont le feu brûlerait d'éternels étés...

Mais j'ai tout essayé,
J'ai fait semblant de croire,
Et je reviens de loin,
Et mon soleil est noir,
Mais j'ai tout essayé,
Et vous pouvez me croire,
Je reviens fatiguée,
Et j'ai le désespoir..."
Barbara

          Quand les mots ne parviennent plus à sortir, qu'ils vous dévorent de l'intérieur, il reste ceux des autres. Ceux qui savent dire en beauté, qui apaisent ce silence forcé.

          Et je prie pour qu'un jour les mots ressortent à nouveau, et pour que le soleil froid laisse leur place aux rayons chaleureux du printemps. En attendant, je n'ai qu'à avancer les yeux voilés, et à observer ceux qui vont.
 
Un jour tout ira mieux.


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Mercredi 19 octobre 2016 à 20:41

          « La vie nous attend et la vie est une chose effrayante et incompréhensible. Il se peut que sa force terrible et impitoyable nous broie en broyant notre bonheur, mais même en mourant je dirai une chose : j’ai vu le bonheur, j’ai vu l’homme, j’ai vécu ! »
Leonid Andreev
 
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          Se sentir happée par les évènements. Les oreilles qui bourdonnent, ce monde qui vous encercle, ce coeur qui heurte la poitrine chaque fois plus vite et plus fort.
Rire plus fort que les autres, pleurer jusqu'à plus de larmes, hurler dans le vide; sentir la folie qui vous gagne. La vie.

Marcher dans la nuit, silencieusement, sans s'arrêter. Faire silence. Ecouter l'orage en soi.

Mardi 5 avril 2016 à 21:34

         La maison où je vis a une longue histoire. C'est en partie pour cela que ma mère a convaincu mon père de l'acheter.

         Nous ne savons rien de ceux qui nous ont précédé ici, si ce n'est les quelques témoignages qu'ils ont laissé derrière eux. D'horribles papiers peints aux couleurs criardes tapissaient les murs des chambres d'enfants qui avaient certainement grandi dans les années 1970. Une armoire si grande qu'il était impossible de la faire sortir de la chambre parentale. Comme elle nous a fascinées, ma soeur et moi! Sans vraiment comprendre notre sentiment, nous nous trouvions face à cet immense meuble, lié pour l'éternité à cette maison, ultime témoin des propriétaires précédents. Un jour, en essayant de dépoussiérer le haut de cette armoire, ma mère a trouvé de vieilles coupures oubliées là. Elles avaient l'odeur du temps passé, celle d'une époque que nous ne comprendrons peut-être jamais totalement, pour ne jamais l'avoir vécue.

         Notre maison est chargée de souvenirs qui nous sont étrangers, mais aussi de ceux que nous avons semés au cours de ces quinze dernières années. Les joies et les éclats de rire, les départs et les cris, les pleurs et la mort. Nous avons laissé notre emprunte ici, et chaque recoin nous est désormais familier. Je me souviens bien du jour où nous sommes arrivés. La maison me semblait grande, et j'avais l'impression de n'être qu'une étrangère. Mais notre famille a rempli les pièces vides, elle a vécu et marqué cet endroit, aujourd'hui, il est plein de nous même si nous n'y sommes plus si nombreux.
Lorsque je vois le salon vide, je retrouve mon père assis sur son fauteuil, à la fin d'une longue journée. Je l'entends parler de tout et de rien, et je me surprends à soupirer parce que son monologue m'empêche d'écouter ma série. Comme ces instants me manquent, maintenant que le silence s'est fait !
Quand je regarde par la fenêtre, mon regard se heurte à ce grand trou dans le jardin. Autrefois, il y avait un arbre dans lequel ma soeur et moi passions l'après-midi; un jour, il a fallu le couper. Même aujourd'hui, son ombre est toujours présente dans cette petite allée, et l'écho de nos rires revient de loin.
Parfois, je monte à ce deuxième étage que nous n'utilisons plus. La chambre de mon frère, celle que nous aurions tous voulu avoir; la plus haute et la plus grande, celle qui assurait le plus d'autonomie. Le bazar qu'il y avait installé n'est plus, même si cette pièce n'a jamais réussi à retrouver un semblant d'ordre.
Enfin, je vois ma mère. Celle qui est restée, qui donne vie à tous ces souvenirs. Celle qui a porté cette demeure comme elle tenait notre famille: luttant chaque jour pour la laisser propre et accueillante, soutenant mon père dans les moments de doute, tentant d'éduquer trois enfants au caractère aussi bien trempé que le sien. Ses colères terribles, son ironie mordante qui lui donne la force de tout supporter. Son parfum qu'elle met tous les matins de la même manière. Après s'être parfumée, elle ne peut s'empêcher de caresser la tête du chien, ce qui laisse une odeur dans son poil. Ses livres traînent partout, tout comme ses tasses de thé.

        Oui, ma mère continue d'emplir cet endroit de vie, envers et contre tout. Mais un jour, les souvenirs pèseront plus lourd sur la balance. La maison sera trop pleine de nous, et ma mère ne pourra plus lutter. Et l'armoire verra venir une nouvelle famille, prête à ajouter sa part de vie.

Vendredi 1er avril 2016 à 20:55

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Tombée du jour.
 
          Son étendard flamboyant s'abaisse; il ploie devant le soir qui vient. Les couleurs s'atténuent, le monde se fige. Bientôt tout sera sombre. Les traits de toute forme se noieront dans une mer d'obscurité. Qui pourra distinguer l'arbre de la nuit ? Puis le silence viendra, engloutissant à son tour les sons, les dévorant pour devenir toujours plus épais, toujours plus lourd. Au plus noir de la nuit plus rien ne semblera vivre. Et pourtant.Pourtant tout sera encore là, et peut-être la lune viendra-t-elle caresser de sa lumière ce monde endormi. Qui sait si une brise légère ne fera-t-elle pas frémir quelque feuillage assoupi ?

         Car dans le silence de la nuit, tout respire. C'est ce souffle que nous entendons, comme lorsque nous fermons nos yeux et nous concentrons sur notre respiration. Dans l'obscurité, dans l'inanition, le monde s'entend à nouveau. Il prend conscience de lui, il est enfin.

          La nuit rend au monde sa grandeur. C'est pour ça que l'homme a fait la ville: il s'est créé un environnement toujours plus petit, toujours plus éclairé, sans cesse animé. Son monde est "humain", il peut le mesurer et le contrôler. New York, Paris, Tokyo, et tant d'autres qui brillent lorsque le soleil disparaît; comme si elles avaient peur d'arrêter de vivre, peur que le temps ne vienne prendre son dû.
          Dans le silence et l'obscurité, l'homme prend conscience qu'il est petit; ses constructions tomberont parce qu'il ne connaît ni le secret des racines des montagnes ni celui celui qui fait se dresser les arbres. Il retrouve ce lien avec cette Mère terrible et aimante malgré tout. Celle qui l'a créé et l'entoure, qui supporte ses bêtises d'enfant parce qu'il n'a pas encore grandi. C'est le dernier né, qui se croit pourtant plus avancé que les autres. Il n'a pas compris qu'il passerait, comme tout. Il se croit éternel.

 
Et la nuit sourit.
Dans le néant, elle redonne à l'homme le courage de lutter pour maintenir tant bien que mal ce qu'il a établi.
Elle sait que la fin viendra bien assez tôt.


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