Une-Rose-sur-la-Lune

Pensées & réflexions en bataille.

Jeudi 7 mars 2019 à 11:31

          J'ignore pourquoi, mais depuis que je suis jeune, une superstition m'interdit de penser à l'avenir. Est-ce dû à la maladie, à tous ceux que j'ai vus partir trop tôt ? Quelque chose, en moi, s'opposait à tout rêve parce que le futur était trop incertain et le présent trop risqué. Il m'arrivait, biensûr, de penser aux joies à venir, mais aussitôt un nuage menaçant venait se glisser entre le soleil et moi: de faiblesse, je rentrais me mettre à l'abri avant même de sentir la pluie.

          Je ne dis pas que j'ai été malheureuse, non. J'ai saisi chaque fruit de l'arbre de la Vie; j'ai aimé si fort, j'ai savouré le bruit de la mer faisant rouler les galets, et le silence profond des flocons qui obscurcissent une fenêtre dans la nuit. J'ai ri plus fort que la mort, j'ai pleuré pour aller mieux, et j'ai remercié pour toutes les rencontres que j'ai pu faire, comme des planches de salut au milieu d'une mer déchaînée. J'ai embrassé des paysages grandioses, des couchers de soleil saturés de couleurs et des ciels de nuit qui faisaient scintiller les étoiles.

 
Mais chacun de ces instants était un présent du jour-même.

          Et puis je t'ai rencontré. Tu étais un de ces dons de la vie qu'on ne voit pas arriver, et qui bouleverse tout sur son passage. Aux pieds de la Petite Sirène, tu m'as surprise en te mettant à genoux, et tu m'as posé la seule question qui devait, à jamais, ouvrir une porte sur l'avenir.

Ce jour-là, grâce à toi, j'ai renoncé à la peur et j'ai compris que, même sous la pluie, il était possible de danser.
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Lundi 14 janvier 2019 à 13:12

Quel miracle relie les êtres d'une même famille par cette corde qui jamais ne se brise ?

            Il m'est arrivé de vouloir lâcher du lest; laisser flotter dans le lointain ceux-là qui sont en moi et hors de moi, qui vivent leur propre vie sans avoir conscience des échos qu'elle sème dans la mienne.

           La colère nous séparait, aussitôt la fraternité nous réunissait. Parfois, le pardon n'était pas encore là que déjà mon cerveau étouffait loin d'eux.
J'ai essayé de les considérer comme de simples amis; j'ai tenté de ressembler à ces familles qui s'aiment de loin. Je voulais me protéger de la souffrance, de cet amour violent qui nous dévore autant qu'il nous réchauffe. Chaque fois ils sont revenus, et je les ai aimés encore plus fort.
Ce lien qui nous unit - j'ai fini par le comprendre - ne s'éteindra jamais. A trois, nous ne formons qu'un. Chacun va dans sa direction, à l'image des frères d'un conte de fée où les retrouvailles sont la fin de l'histoire - et le début d'une autre.

           Je crois que nous devons ce sens de la fraternité à nos parents. Je me souviens d'une fois où ma mère m'a exprimé sa crainte en quelques mots: "Je préfère vous voir soudés face à nous, vos parents, qu'éclatés entre vous." A l'époque, je n'avais pas saisi la portée de ces mots. Mais la vie, comme bien souvent, s'est chargée de m'en montrer l'impact : la maladie, la mort, les peines, la haine - tout cela nous a frappés. Le lien ne s'est jamais brisé. Et aujourd'hui, bien que mon existence n'en soit qu'à ses balbutiements, je marche avec un talisman invisible et puissant : la certitude qu'ils seront toujours là pour moi, et que jamais je ne les laisserai seuls.

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Alors, cher Papa, chère Maman, merci pour ce cadeau.


Mardi 13 novembre 2018 à 15:18

          Dans un petit mois, cela fera un an que tu as pris la seule route que nous ne pouvions pas emprunter pour te suivre.

          Douze mois pendant lesquels l'écho de ton pas a résonné tant dans les couloirs de cette bibliothèque que dans nos coeurs. La vie a suivi son cours, à la fois semblable et définitivement différente.

          B. est partie pour sa retraite, et nous l'avons remerciée comme elle le méritait pour tout le temps qu'elle nous a donnés. Ce jour-là, nul doute que tu étais entre nous et dans chacune de nos pensées.
           F. a finalement pris ta place. Je crois que tu l'aimerais bien (peut-être puis-je parler au présent ?). Sa présence contribue à rendre ton absence plus supportable, même si il nous est toujours difficile de passer devant ton bureau.

           J'ai gardé le petit carnet sur lequel tu avais pris des notes pour m'enseigner le catalogage. Tu seras certainement heureux d'apprendre que je me suis enfin inscrite à une formation. J'aurais aimé qu'elle me soit donnée par toi mais, comme tu le sais, la vie se fiche complètement de ce que nous souhaitons. Lorsque j'ai le spleen, j'aime l'ouvrir et regarder les boucles noires, énergiques et précises, que tu as laissé sur le papier blanc.

            Que nous as-tu laissé, d'ailleurs ? Des souvenirs, assurément. Quelques objets aussi, qui sont comme l'écho d'une autre vie.
           Mais il y a autre chose. Tu ne le savais peut-être pas, mais tu as aussi semé en nous les germes d'une belle amitié. Souris-tu, depuis ton infini, en voyant comme la douleur nous a rapprochées ?

Merci, M.


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Jeudi 3 mai 2018 à 14:46

J'ai découvert hier cette vieille chanson de Barbara: 
 
C'est trop tard pour verser des larmes
Maintenant qu'ils ne sont plus là...

          Et vous voilà, tous les deux, incapables de vous parler. Vos sourires se figent et vous tremblez de ne pouvoir vous regarder. Je le sens, ce lien ténu que chaque silence esquinte un peu plus.
Votre fierté vous aveugle, tandis que la vie passe et avec elle les échos des instants que vous auriez pu vivre.
N'avez-vous donc pas retenu la leçon ?

           J'aimerai vous crier ces mots, vous supplier de tendre vos mains. Nous avons été élevés pour rester trois, pour faire face comme un seul corps à tous les coups que nous imposait l'existence.

         Nous étions cinq mais Il est parti en premier, nous laissant désemparés;  notre famille était un navire sans voiles ni rames livré aux vents. N'avez-vous jamais regretté tout ce que vous n'aviez pas dit ? N'avez-vous pas pleuré, ces dernières années, en pensant à toutes ces joies que nous ne vivrons jamais ensemble ?
Aujourd'hui tout recommence. La distance prend forme, son ombre s'agrandit tandis que vos liens se déchirent, érodés par votre incapacité à parler.

           Vous pourriez dire que vous n'avez plus rien en commun, mais c'est faux. Vous m'avez moi, vous les avez Elle et Lui. Votre sang parle pour vous.
Vous pourriez mentir et dire que vous n'êtes plus que des étrangers l'un pour l'autre. Mais je vois dans vos yeux quelle douleur est la vôtre lorsque vous vous observez. Vos souvenirs en commun sont une corde plus puissante que tout. Vos regards se cherchent et se rejettent, l'un reflète les erreurs de l'autre.

 
Vous pourriez choisir de ne plus vous parler et d'enterrer le problème. Mais ce jour-là, vous briserez mon coeur qu'il m'a fallu tant de temps pour recoller.

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Dimanche 31 décembre 2017 à 0:05

Voilà un peu plus d'un an, j'arrivais à Paris. Des espoirs plein la têtes, un tourbillon de changement. Le déménagement en fin de journée, en catastrophe, comme nous avons toujours su le faire.

Tout me semble si loin maintenant. Villemomble, les échos d'une famille où nous étions cinq, cette grande maison pleine de joies et de drames. Ai-je vraiment vécu tout cela ? Un nombre inimaginable de souvenirs se bouscule dans ma tête, tant et si bien qu'ils se mélangent et forment le fil d'un collier dont je ne parviens plus à saisir les détails si précieux.

Voilà un peu plus de six mois, je quittais le dix-neuvième arrondissement pour le onzième. Peu de meubles, peu d'affaires, mais tant d'amour. Tu as déboulé dans ma vie, la rendant encore plus étonnante qu'elle ne l'avait été jusque là. Ensemble, nous avons sauté le pas et transformé cette ancienne chambre d'hôtel en un foyer étroit mais heureux.

Demain, une fois de plus, je partirai. Le dix-huitième m'ouvre ses portes, et tu viendras avec moi parce que nous nous le sommes promis. Je songe avec bonheur à tout ce que nous allons vivre dans cet appartement qui a enfin l'air d'un appartement, dans cet immeuble où nos deux noms figureront sur une boîte aux lettres.

Malgré cette joie, une certaine mélancolie me prend. Je pense à ceux que j'aurais voulu inviter dans notre nouveau chez-nous et qui n'y seront pas. Je remonte le fil des douleurs, qui m'ont privé d'un père puis d'un ami, je retrouve avec nostalgie ce temps où les blessures n'étaient pas si graves, puisqu'elles n'avaient tué personne. J'entends la pureté de nos éclats de rires qui ne sont pas encore entachés par le deuil.
Peut-être est-ce cela, grandir: accepter qu'à partir d'un moment, nous ne pourrons plus partager d'instants avec ceux que l'on aime. Vivre avec des blessures qui menacent de s'ouvrir à chaque moment. Exister avec, dans un coin de sa tête, le souvenir de ceux qui sont partis avant nous.
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